Écoles privées: pas de pitié pour les faibles

Marie Allard
La Presse

Des dizaines de milliers d’enfants de 11 ans se battent, ces jours-ci, pour avoir une place dans une école secondaire privée. Leurs parents savent-ils que, même une fois admis, ils risquent l’expulsion au moindre faux pas?

Un palmarès des collèges privés qui perdent le plus d’élèves au Québec, compilé par La Presse d’après des données du ministère de l’Éducation (MELS), révèle que certains perdent jusqu’à 60% de leur clientèle entre la première et la cinquième année du secondaire. Plus de 80 écoles privées en perdent au moins 10% (cohortes de 2003-2004 à 2007-2008).

Au total, 19 000 élèves sont entrés en première secondaire dans une école privée en 2003, au Québec. Le taux de rétention de l’ensemble des collèges, quatre ans plus tard, était d’à peine 71%. Seuls 13 500 des 19 000 élèves du privé fréquentaient le même établissement en 2007.

Où étaient les 5500 autres? Dans une école publique (20%), un autre collège privé (6%) ou tout simplement «absents» (3%), ce qui signifie qu’ils ont décroché ou déménagé hors Québec.

Ces statistiques étonnent Pierre Toussaint, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. «Je me serais attendu à 90% ou plus ! a-t-il dit. Étant donné que les élèves du secteur privé sont sélectionnés, notamment sur la base des résultats scolaires et des tests d’admission, ce taux de rétention aurait pu être plus élevé.»

Les plus touchés sont en région

Fait surprenant, ce ne sont pas des collèges élitistes qui se trouvent au sommet du classement. Des écoles privées moins strictes, souvent en région, perdent davantage d’élèves. Certains partent d’eux-mêmes, à la suite d’un déménagement, de difficultés financières ou par choix personnel. Mais de nombreux autres se font montrer la porte pour cause de difficultés scolaires ou d’écarts de conduite jugés trop importants.

Neuf collèges perdent plus de 40% de leurs élèves

C’est le pensionnat Saint-Alphonse, à Saint-Tite-des-Caps, dans Charlevoix, qui a le triste honneur de dominer le palmarès. Il a perdu 61,29% de ses élèves entre la première et la cinquième année (19 élèves). C’est dû au difficile déménagement survenu après la rupture des liens avec les pères rédemptoristes en 2001, a expliqué Sonia Lefrançois, du collège Saint-Alphonse.

L’Académie Laurentienne de Val-Morin (deuxième avec une perte de 52,94% de ses élèves) et le collège du Mont-Sainte-Anne de Sherbrooke (sixième avec une baisse de 46%), deux autres pensionnats, perdent aussi beaucoup d’élèves. Au bout de quelques années en résidence, des adolescents veulent rentrer à la maison, pour mieux profiter de leurs soirées avec leur petit(e) ami(e) ou pour travailler à temps partiel, ont-ils fait valoir.

«Pas à l’abri des décrocheurs»

Autre facteur : il n’y a pas de test d’admission à l’Académie Laurentienne. Si bien que l’école se retrouve avec des élèves qui ont parfois certaines difficultés scolaires, a reconnu Guy Richard, son directeur général. Une partie d’entre eux quitte l’Académie pour aller au secondaire professionnel. «Nous ne sommes pas à l’abri des décrocheurs, même si nous sommes une école privée», a-t-il ajouté.

Dans la métropole, le collège le plus touché par les départs est l’Académie Michèle-Provost, avec une baisse de 44,18% de ses élèves. Un total de 22 élèves ont quitté cet établissement non élitiste et trois nouveaux sont arrivés au fil du secondaire (cohorte de 2003-2008). En détail, il y a eu quatre renvois (pour problèmes de comportement ou échecs scolaires), trois refus pour réinscription tardive, trois déménagements, six départs pour une autre école et six départs sans raison connue.

Il s’agit d’une situation exceptionnelle, selon Michèle Provost, présidente et directrice générale de l’Académie. Le taux de rétention habituel de l’école est plutôt de 80%, selon elle. «Nous accordons une grande importance à nos élèves, a-t-elle assuré. Il nous arrive toutefois de rencontrer des cas particuliers où l’élève n’a pas la capacité de suivre le programme ou a besoin de ressources dont nous ne disposons pas, comme les services d’un orthopédagogue ou d’un psychologue.»

Le palmarès que vous présente La Presse minimise la perte réelle de clientèle, puisque les écoles qui acceptent de nouveaux élèves pour remplacer ceux qui partent voient leur taux de rétention faussement gonflé. Par exemple, les collèges Charlemagne, Sainte-Anne, Sainte-Marcelline et Jean-Eudes annoncent tous des possibilités d’admission en cours de secondaire dans leurs sites internet. Nos statistiques ne comptabilisent pas, non plus, les renvois et les départs en cinquième secondaire, puisque le Ministère calcule le nombre d’élèves au 30 septembre, au début de l’année scolaire.

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