Inscrits « présents » même s’ils passent 30 minutes en classe

L’édifice Boileau, situé à Lachine, est un des bâtiments du Centre d’éducation des adultes de LaSalle. Quatre personnes de l’établissement scolaire, qui ont préféré garder l’anonymat, ont confirmé avoir vu des situations problématiques relativement aux feuilles de présence.

DOMINIQUE SCALI, Le Journal de Montréal

Une commission scolaire obtiendrait 800 $ de trop par jour grâce à ce tour de passe-passe

Des élèves inscrits «présents» pour des journées complètes alors qu’ils sont en présence d’un enseignant 30 minutes seulement. Voilà un tour de passe-passe qui permettrait à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys d’obtenir environ 800 $ de trop par jour pour un seul cours.

«On m’a déjà dit: “Tu coches tous les élèves présents même s’il y a des absents.” C’est carrément du vol. Je stressais, j’étais mal à l’aise», raconte un des témoins qui s’est confié au Journal sous le couvert de l’anonymat.

Quatre personnes ont confirmé avoir vu des situations problématiques relativement aux feuilles de présence pour des cours rattachés au Centre d’éducation des adultes de LaSalle de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB). Ils ont tous préféré conserver l’anonymat afin de ne pas compromettre leur emploi.

Une telle combine serait fructueuse à l’éducation aux adultes, car, contrairement au primaire et au secondaire, le financement y est calculé en fonction du nombre d’heures de présence des élèves en classe.

Les cas rapportés concerneraient un programme nommé «Intégration sociale», qui s’adresse par exemple aux adultes autistes ou ayant une déficience intellectuelle.

Bon nombre de ces élèves suivent des cours à même un centre de réadaptation, où l’enseignant se déplace.

Grilles horaires

Deux pratiques douteuses différentes y auraient été observées par nos sources.

D’abord, des feuilles de présence ne refléteraient pas les horaires réels.

Le Journal a notamment obtenu l’horaire hebdomadaire d’un cours de psychomotricité donné à l’externe à une trentaine d’élèves par jour. L’horaire est divisé en cinq plages de 30 minutes. De cinq à huit élèves sont inscrits sur chaque plage, et chaque nom n’apparaît qu’une fois par jour. Chacun de ces élèves ne se retrouve donc en présence de l’enseignant qu’une demi-heure par jour.

Or, sur les feuilles de présence qui sont envoyées à la Commission scolaire, les élèves sont considérés comme présents pour des avant-midi et après-midi complets.

Ainsi, la CSMB recevrait du financement pour des élèves présents quatre ou cinq heures par jour, tandis qu’ils ne suivent ce cours que 30 minutes en réalité.

«C’est notre responsabilité civile qui est en cause. Si je coche que je suis en présence d’un élève [alors que c’est faux et qu’il se blesse], légalement je suis responsable», affirme un des témoins.

Selon les calculs du Journal, quelque 790 $ seraient reçus en trop par jour uniquement pour ce groupe, si l’on se fie aux critères de financement fournis par le ministère de l’Éducation.

Cela ne représenterait qu’un exemple parmi d’autres, puisque cette façon de faire serait aussi appliquée à d’autres groupes et dans d’autres centres, selon nos sources.

« Obligés de tricher »

Pire encore, une directive informelle aurait déjà été donnée voulant que des élèves qui sont carrément absents soient considérés comme présents. Impossible cependant de chiffrer l’impact financier d’une telle pratique.

Certains enseignants auraient toutefois refusé de s’y plier.

«Moi, j’ai dit [au responsable]: “J’arrête de faire ça”», raconte un des témoins, qui soupçonne toutefois que plusieurs professeurs continuent de le faire de peur que le service qu’ils offrent soit coupé par manque de financement. «C’est dommage qu’on soit obligé de tricher [pour qu’il y ait des services].»

AUCUNE DIRECTIVE, DIT LA COMMISSION SCOLAIRE

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys indique qu’aucune directive n’a été donnée à l’effet de «cocher présent» si l’élève est absent. «Cela n’est pas vrai», affirme par courriel Gina Guillemette des relations de presse.

«Il est de la responsabilité de l’enseignant de prendre les présences adéquatement», précise-t-elle.

La CSMB n’a toutefois pas réagi spécifiquement au fait que certaines feuilles de présence ne reflètent pas les plages horaires réelles.

Au courant

Le ministère de l’Éducation avoue pour sa part être au courant de la situation. Il a reçu il y a trois semaines les calculs du Journal concluant que la CSMB pouvait obtenir près de 800 $ en trop par jour pour un seul cours. Le Ministère est toujours en cours de vérification.

«Nous prenons la situation très au sérieux», indique Esther Chouinard, des relations de presse.

Selon nos sources, la direction du Centre d’éducation des adultes de LaSalle et le ministère de l’Éducation auraient tous été informés des pratiques douteuses, notamment par des enseignants outrés.

Des représentants syndicaux auraient aussi été avisés de ces problèmes, mais s’en seraient lavé les mains, disent nos sources.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) indique que des discussions ont eu lieu à ce sujet entre le syndicat et la commission scolaire.

LE PROGRAMME D’INTÉGRATION SOCIALE

Financement:

1 élève temps plein (ETP) = 900 heures de cours/an

6775 $ montant que recevait la CSMB par élève en 2015-2016

Calcul :

3,5 h comptabilisées en trop par jour = 26,35 $

multipliés par 30 élèves = 790,50 $

Source: Ministère de l’Éducation et CSMB

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