Une étude établit un lien entre l’attitude envers l’école et le taux de décrochage

CLAIRANDRÉE CAUCHY
Le Devoir
Édition du lundi 08 juin 2009

Mots clés : Régions, Décrochage, Étude, École, Éducation, Québec (province)

Qu’ils vivent à Saguenay, Saint-Jérôme ou Québec, les jeunes du secondaire ont des habitudes de vie assez similaires. Pourtant, il y a près de deux fois plus de décrochage dans les Laurentides que dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et significativement plus que dans la Capitale-Nationale. La clé se trouve peut-être du côté de la perception de l’école et du niveau d’engagement à l’égard des études: deux facteurs qui eux semblent varier entre les Laurentides et les deux autres régions.

Voilà une des problématiques qui se dégagent de l’étude «Être jeune aujourd’hui: habitudes de vie et aspirations des jeunes des régions de la Capitale-Nationale, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des Laurentides», menée auprès de quelque 4000 jeunes du secondaire constituant un échantillon représentatif de la population scolaire des trois régions.

«Alors que le décrochage scolaire varie beaucoup d’une région à l’autre, on observe que ce sont les comportements scolaires qui varient significativement, plus que les habitudes de vie», explique en entrevue au Devoir le chercheur Marco Gaudreault, du groupe d’Étude des conditions de vie et des besoins de la population (ECOBES). Notons que le taux de sortie du secondaire sans diplôme était de 33,9 % dans les Laurentides en 2006-2007, tandis qu’il s’établissait à 18 % au Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ) et à 22 % dans la région de Québec.

L’attitude face à l’école coïncide avec les taux de décrochage scolaire. Ainsi selon l’enquête du groupe ECOBES, près de 40 % des jeunes du secondaire des Laurentides ont une perception négative ou mitigée du climat éducatif au sein de leur école, contre seulement 24 % dans la Capitale-Nationale et 23,2 % au SLSJ.

Interrogés sur différents comportements dénotant un désengagement scolaire, tels les absences, une participation passive aux cours, un manque d’intérêt pour les travaux scolaires et des relations difficiles avec les enseignants, les jeunes des Laurentides se démarquent là aussi. Ils sont près de 44,9 % à faire état d’au moins une manifestation de désengagement scolaire, comparativement à 37,1 % au SLSJ et 38,2 % dans la région de Québec.

Des jeunes qui vont bien

Si l’attitude à l’égard de l’école varie de façon significative d’une région à l’autre, il en va autrement des habitudes de vie et du vécu psychoaffectif des jeunes. «Il y a vraiment une culture de jeunes au Québec. On le voit dans les trois régions et on peut avancer l’hypothèse qu’on pourrait s’attendre à des tendances assez similaires dans l’ensemble du Québec», avance le fondateur du groupe ECOBES, le chercheur Michel Perron, à l’origine de la mobilisation au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour valoriser la persévérance scolaire qui essaime au Québec.

S’appuyant sur les données de la vaste enquête, M. Perron estime qu’il est temps de déboulonner des mythes sur les jeunes. Il note par exemple qu’environ 85 % des adolescents, dans les trois régions, ne présentent pas de problème de consommation d’alcool ou de drogues. Seulement 15 % présentent une consommation plus à risque et 6 % se classent au «feu rouge» en vertu de l’indice de dépendance à l’alcool et aux drogues. Il faut préciser que ces données ne varient pas significativement dans les trois régions étudiées.

«Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’occuper de ces 15 % de jeunes qui consomment de l’alcool et des drogues, mais ce n’est pas en s’attaquant à ça en priorité qu’on va changer les taux de décrochage au Québec», tranche M. Perron.

Son collègue Marco Gaudreault renchérit en précisant que le portrait obtenu en sondant des jeunes diffère considérablement de celui obtenu en interrogeant des intervenants du milieu scolaire ou encore de celui véhiculé par les médias. «Parfois, des gens ont peur d’entrer dans une école secondaire et pensent que tout le monde est drogué dans les corridors! Ce n’est pas le cas. La plupart des jeunes se développent normalement, sont épanouis. Je ne pense pas qu’on doive s’inquiéter particulièrement pour la relève de demain plus que pour celle d’hier.»

Des pistes pour l’action

L’étude s’inscrit dans la foulée de la mobilisation régionale à l’oeuvre depuis 1997 au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour accroître la persévérance scolaire. C’est la troisième du genre réalisée au SLSJ et la première qui comporte des données colligées dans d’autres régions. Là aussi, la démarche vise à nourrir une mobilisation régionale pour la réussite éducative.

Dans le cas du SLSJ, l’enquête permet de constater que les élèves d’aujourd’hui sont plus ambitieux que ceux d’hier. Alors que 38 % des jeunes du secondaire de la région aspiraient à se rendre jusqu’à l’université en 1997, ce taux était de 42 % en 2002 et s’est hissé jusqu’à 54 % en 2008. «C’est un indice que les choses ont bougé», note M. Perron, précisant toutefois qu’il faudra attendre l’automne pour une analyse plus exhaustive de l’évolution des indicateurs d’une enquête à l’autre.

L’enquête de 2008 ouvre par ailleurs de nouvelles pistes d’actions pour ceux qui se préoccupent du décrochage scolaire. On y constate que le choix d’une carrière préoccupe grandement les jeunes. Des sept élèves du secondaire qui ont arrêté un choix de carrière, seulement trois étaient à l’aise avec leur décision.

«Les jeunes sont très préoccupés par leur choix de carrière, et personne n’est mandaté spécifiquement pour les accompagner. Cela nous préoccupe un peu. Il faut que tous ceux qui gravitent autour des jeunes en prennent conscience», souligne M. Gaudreault, convaincu que les parents ont aussi un rôle important à jouer dans le processus d’orientation.

Le chercheur conclut en s’inquiétant d’une autre statistique, très précise, qui montre que les étudiants du collégial sondés dans les Laurentides (il s’agit de la seule des trois régions qui a sondé ses collégiens) peinent à se nourrir. Ainsi, 23,7 % des quelque 400 collégiens interrogés sont confrontés à une situation d’insécurité alimentaire, soit le double des élèves du secondaire (vivant vraisemblablement chez leurs parents). «Cela nous montre que le soutien financier aux étudiants du collégial est crucial. Les récriminations de la part des associations étudiantes ne sont pas toujours injustifiées», plaide le chercheur.

2 Comments on "Une étude établit un lien entre l’attitude envers l’école et le taux de décrochage"

  1. Gagné-Lebrun | June 10, 2009 at 1:23 pm | Reply

    Cette étude n’amène pas de nouveautés. Pourquoi ne pas affirmer que les étudiants ayant de moins bonnes notes réussissent moins ? La réelle question est de connaître les causes de la passivité, du manque d’engagement… Cette question mérite une étude, pas ce qui a été présenté.

  2. Roland Berger | June 10, 2009 at 1:21 pm | Reply

    Une simple corrélation

    Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
    Envoyé Le lundi 08 juin 2009 21:00

    Pas éclairants les résultats de cette analyse. Les auteurs ont conclu partir d’une simple corrélation. Pas fort !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

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