Persévérance scolaire – L’école full poche

MARIE-ANDRÉE CHOUINARD
Le Devoir
Édition du mardi 09 juin 2009

À palabrer inlassablement sur les taux de décrochage scolaire, le risque était grand de perdre de vue l’essentiel, noyé dans une mare de chiffres. Une étude nous le rappelle: et les jeunes, que pensent-ils de l’école?

Voilà le rappel à l’ordre sous-entendu dans l’enquête Être jeune aujourd’hui: habitudes de vie et aspirations des jeunes des régions de la Capitale-Nationale, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des Laurentides, dont le contenu était exposé hier dans Le Devoir. Pour comprendre cet embarrassant taux national de décrochage (31 % de «sans-diplôme»), mieux vaudrait peut-être ausculter le «jeune» plutôt que de se lancer tête perdue dans des plans d’action sans racines.

Il n’y a, dans cette étude menée par questionnaire auprès de quelque 4000 jeunes du secondaire, aucune révélation assez stupéfiante pour que l’on imagine avoir erré pendant des années. Rien de tel, non. Mais certaines pistes, notamment sur la perception négative qu’ont des jeunes de l’école, méritent d’être scrutées. Un trop important groupe de jeunes le disent: avant même d’avoir tourné les pages du cahier, ils ont l’impression que l’on craint pour eux l’échec. De quoi fabriquer tout un climat!

Dans la région des Laurentides, celle où la réussite est la plus faible, les élèves démarrent avec une impression négative. L’école semble full poche, si l’on décode ce qu’ils en disent: 55 % à peine affirment que les enseignants croient en eux; 40 % seulement sont d’avis que leurs profs les encouragent à continuer leur travail; et moins du tiers affirment que les maîtres leur posent des questions pour vérifier leur compréhension de la matière. Nul besoin de sombrer dans la pédagogie infantilisante pour comprendre qu’un minimum d’encouragement incite à fournir des efforts.

Toujours dans les Laurentides, l’engagement scolaire des jeunes vacille: ils sont plus souvent absents sans raison, leur intérêt pour les travaux est moindre, ils participent moins activement aux cours, n’ont pas de facilité à communiquer avec les professeurs. On perçoit une telle lassitude!

Tous ceux qui avaient imaginé en outre que l’échec scolaire était affaire de drogue ou de malsaines habitudes de vie se voient embêtés: à ce chapitre, dit l’enquête, tout va plutôt bien, merci. La jeunesse n’est pas en perdition, quoi qu’en disent les faiseurs d’image.

Il faut espérer que la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui doit dévoiler bientôt un plan d’action pour contrer le taux de décrochage, a songé avec ses officiers à attaquer cette délicate question de perception de l’école, qui ne se réglera pas par une campagne de promotion. Elle pointe directement les premiers acteurs de l’école et remet en question leur capacité de transformer l’école full poche en école full cool.

machouinard@ledevoir.com

10 Comments on "Persévérance scolaire – L’école full poche"

  1. Plan-plan-petit-pataplan

    Georges Allaire
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 02:00

    Les pseudo-pédagogues, pardon, les psycho-pédagoques ministrels, dévaluent les matières, le savoir et la compétence dans les matières depuis des années. C’est ce qu’on appelle la réforme. Même les enseignants contraints de l’utiliser ne croient pas en la Réforme. Les étudiants ralentissent l’enseignement à leur niveau de décrochage en classe. Ceux qui veulent le savoir, le savent et ceux qui sont payés pour le savoir l’ignorent.

    D’ailleurs l’objectivité des ministrels est fondée sur la double ignorance: ignorer les matières et ignorer les personnes.

    Comment souhaiter avancer un savoir quand on ignore ses exigences et celles de ceux qui doivent la transmettre et l’acquérir?

  2. Full futur écoeurant

    Gilles Bousquet
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 07:00

    C’est full intéressant tout ça. On a eu, un temps, des chômeurs full instruits, on va avoir, maintenant, plus de chômeurs full poches. Kool man !

    Les profs. écoeurent les étudiants et les étudiants écoeurwent les profs. C’t’écoeurant finalement.

  3. Les enfants ne sont pas des oies à gaver.

    Guy Archambault
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 07:00

    Lorsque des professeurs conçoivent que leur unique rôle est de transmettre des connaissances de la même manière que l’on gave des oies, il n’est pas difficile que les jeunes se considèrent comme bêtes.

    Lorsque des professeurs conçoivent que la principale qualité des élèves est l’obéissance, il n’est pas difficile que les jeunes perçoivent que s’ils veulent réussir, ils doivent se comporter comme des fidèles d’une chapelle intégriste.

    Lorsque des professeurs nient que le socio-constructivisme est une avancée majeure dans la découverte des lois qui régissent l’apprentissage humain, ils réagissent comme le pape devant Galilée.

    Et lorsque des professeurs affirment collectivement que le socio-constructivisme est une hérésie, ils forment en éducation l’équivalent d’une secte intégriste.

    L’axe central de l’école et de la classe, ce n’est pas le maître, c’est l’élève. Le professeur est au service de ses clients sans en être l’esclave, au même titre que les parents doivent veiller au développement harmonieux de leurs enfants sans se plier à leurs caprices. L’éducation nécessite des règles du jeu à observer et auxquelles il faut initier les élèves.

    Guy Archambaul

  4. Une étude, une étude, une étude!

    Marc M. Davignon
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 08:00

    Peut-être faudrait-il un code d’éthique? Il paraît que c’est utile pour les gens très intelligents ou très instruits (il faut quand même faire la distinction), mais qui ne peuvent faire la différence entre le bien et le mal. Bien faire et mal faire.

    Il faudrait faire une étude à ce sujet. Il faut croire qu’aujourd’hui on ne peut plus réfléchir et avoir un résonnement si celui-ci ne fait pas l’objet d’une étude. Donc, avant de faire l’étude pour connaître la pertinence de faire un code d’éthique. Nous devrions faire une étude pour savoir s’il est pertinent de faire l’étude. Ces gens savants nous le dirons bien. Ils trouveront la vérité puisqu’ils auront fait une étude pour nous le démontrer.

    Comment l’humanité a-t-elle pu survivre jusqu’ici?

    En passant. Tous ces gens bien pensants et bien savants qui font des réformes et désirent nous dicter ce qui est bien ou mal. Ne sont-ils pas le résultat d’une éducation pré-réforme? Si le système était si mal foutu, comment ont-ils fait pour s’en sortir? Si le système avait besoin d’être à ce point réformé, un doute «immense » m’étreint sur la qualité de leurs résonnements qui les conduisirent à faire cette réforme.

  5. Quand l’école sera intéressante… les élèves se presseront pour y venir!

    Denis Fyfe (denis.fyfe@sympatico.ca)
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 08:00

    Bonjour Mme Chouinard,
    Je suis parfaitement d’accord avec le commentaire de M. Guy Archambault.
    Votre analyse est juste. C’est rafraîchissant d’entendre des commentaires intelligents.
    Comme ex-enseignant qui a participé activement à la réforme pédagogique en science et technologie, je peux vous dire que cette réforme, même avec ses imperfections, a des chances de sauver certains élèves de l’abandon scolaire ou de l’ennui (quand ils ne décrochent pas physiquement, ils décrochent dans leur tête!).
    J’ai 64 ans et ce dont je me souviens de mes années d’école, de collège classique, d’école technique et d’université, ce sont ces projets où je me suis engagé corps et âme avec tous mes sens mis à contribution… le reste, je l’ai oublié. Je ne me suis pas approprié ces savoirs déconnectés du réel parce que non contextualisés, vides de sens pour un enfant, un adolescent, un jeune adulte qui veut apprendre de façon intelligente… et non pas se faire remplir comme une cruche!
    Comment convaincre les enseignants d’une part de la valeur du socio-constructivisme et comment persuader nos dirigeants de fournir tout le support aux enseignants dont ils ont besoin, voilà les défis qui nous confrontent.
    Les enfants ne vivent plus comme à l’époque où j’étais enfant, ils sont entourés d’activités toutes plus intéressantes les unes que les autres…. l’École est mise au défi de produire des activités tout aussi stimulantes…. arrêtons de vouloir leur communiquer que des connaissances… bon sang!
    Denis Fyfe
    Rosemère

  6. Les classes débordent

    André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 09:00

    Le premier responsable de cette calamité ne serait-il pas le manque de sous? Un dégagement d’argent qui trouverait priorité dans l’école permettrait aux profs d’enseigner sainement à des classes abritant moins d’élèves. Un professeur cynique ou à deux pas de la crise de nerf ne sera jamais efficace.
    Pourquoi ne pas récupérer une partie de nos sous (sinon tous, 60% je crois…)versés à l’enseignemnt privé élitiste qui écrème constamment? Et pourquoi cette élitisme nécessaire ne pourrait pas être transférée à l’école publique, avec tous les outils utiles?
    Où se trouvent les priorités gouvernementales?
    Dans l’esbroufe et le tape à l’oeil de grands projets déshumanisés.

  7. Un problème de discipline et de rigueur

    Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 10:00

    Un problème de discipline et de rigueur, oui les étudiants manque de discipline et n’ont pas le respect de l’autorité.
    Les professeurs n’ont plus les outils pour faire respecter la discipline et instaurer leur autorité absolue. Les jeunes on besoin de savoir et se faire dire ce qu’il faut ne faut pas faire. On ne mâche pas de gomme en classe, on enlève son chapeau dans une bâtisse, on dit oui monsieur oui madame, on lève la main pour parler et on demande la permission pour faire quelque chose et cette permission peu être refuser sans avoir à se justifier. Vivre en société impose beaucoup de contrainte et l’école est l’endroit ou le jeune vie sa première expérience de vie en société.
    De plus l’école doit servir de tamis pour séparer les élèves selon leur capacité à apprendre pour ensuite leur donner des avenues adaptées à leurs aptitudes.
    Par le passé il y avait 3 différents parcours au secondaire, et à l’intérieur de chaque parcours il y avait des sous division. Le cours classique, scientifique et le général, avec à l’intérieur de ceux-ci les groupe A B et C selon la force des élève. Pui cela fut changé à enrichi, régulier et allégé, quatre trente sous pour une piastre.
    Les jeunes plus aptes recevaient plus de matière et des matières stimulantes pour leur capacité intellectuelle, alors que les jeunes avec des difficultés, avaient un programme correspondant à leur capacité.
    De plus la loi devrait permettre aux policiers d’arrêter tout jeune en âge de fréquenter l’école qui ne se trouve pas sur les lieux scolaires durant les heures scolaires. Les parents de ces jeunes devront venir chercher au poste leurs enfants en fin de journée. Et si il y a récidive, un couvre feux peu être imposé par un juge sur simple représentation. Et si le couvre feux n’est pas respecté, les parents qui sont responsable sont mis à l’amende et l’étudiant placé en résidence au frais des parents, pour le reste de l’année scolaire.
    Je crois que de cette façon les jeunes auront appris la discipline, le respect de l’autorité, auront eu une éducation adaptée à leur capacité et les parents auront été responsabilisés.
    Aussi pour parfaire l’éducation civile des jeunes, le gouvernement canadien devrait instaurer un service de type militaire de par sa structure et sa discipline mais civil par son contenu obligatoire pour tous les jeunes. Personne n’y échapperait, et d’une durée de deux ans. Le Canada est l’un des rare pays à ne pas avoir ce type de formation.
    Ceux qui diront qu’aux USA il n’y a plus de service militaire obligatoire, se trompe un peu car toutes les écoles secondaires ont un programme paramilitaire faisant parti intégral des cours; le ROTC. Il est dirigé par des membres actif des services militaire et a pour but avoué de faire connaitre les forces armées sert de recrutement

  8. Une école intéressante, ça intéresse les jeunes

    Denise Thériault
    Envoyé Le mardi 09 juin 2009 16:00

    Tout à fait d’accord avec Guy Archambault et Denis Fyfe: quand on saura intéresser les jeunes à l’école, ils seront intéressés à y rester. L’enfant qui entre à la maternelle, depuis 5 ans, pose des questions parce qu’il est intéressé à découvrir le monde autour de lui. Mais en mettant les pieds à l’école, il apprend que ce n’est plus à lui de poser les questions: c’est au prof. Et la réponse n’est “bonne” que si c’est bien celle que le prof attend, bien souvent celle que prévoit le “corrigé du maître”. Pas étonnant que l’école ait perdu tout intérêt lorsque ce jeune entre au secondaire! Contrer le décrochage, ou promouvoir la persévérance scolaire comme on aime dire depuis quelques mois, ça demande d’abord et avant tout, un changement d’attitude chez beaucoup d’enseignants. S’il suffisait de mettre plus d’argent dans l’éducation, il y a belle lurette qu’on aurait réglé le décrochage compte tenu de tous les milliards qu’on a versés à la “cause” depuis 20 ans! L’argent ne suffira jamais si, à l’école même, surtout au secondaire, on n’apprend pas à véritablement accueillir le jeune avec sa curiosité naturelle, ses intérêts, ses interrogations, ce qu’il sait déjà, en passant par-dessus ses accoutrements bizarroïdes!

  9. Une société qui trouve son école «full poche»

    Suzanne Grenier
    Envoyé Le mercredi 10 juin 2009 00:00

    Je trouve que le message social que l’on entend constamment, via les média en particulier,est très critique face à l’école en général. Comment se surprendre que des jeunes qui vivent dans la même société que nous, finissent eux aussi par trouver que leur école ne vaut pas grand chose! Comment des enfants qui entendent si peu de messages positifs face à ce qu’ils sentent comme une contrainte pourraient se trouver heureux à l’école? Il faudrait qu’on en arrive comme société à envoyer le message à nos jeunes que c’est passionnant d’apprendre, que l’instruction est une grande richesse. C’est très facile que de n’en faire qu’un problème de professeurs.

    Suzanne Grenier
    Québec

  10. Les classes débordent

    Michel Mongeau
    Envoyé Le mercredi 10 juin 2009 07:00

    Je pense que cette situation de ”désintérêt pour l’école”est le résultat de causes multiples et qui inexorablement se conjuguent: D’abord, le vieux rêve égalitariste des 60’s selon lequel tous peuvent réussir à l’école si l’on y met les moyens. Deuzio, une culture ambiante de l’humour, du jeu et de la consommation facile. Ensuite, une réforme insuffisamment préparée et ratifiée par ses principaux utilisateurs, les profs. Sans oublier tous ces parents qui ne prêchent pas par l’exemple en ne fournissant pas aux jeunes les conditions aptes à faire germer une culture propre à la poursuite des études académiques. Des écoles secondaires trop grandes, impersonnelles où il est difficile de s’identifier et de créeer une réelle osmose humaine. Des jeunes peu motivés parce que gavés de télé, de jeux video, de bavardage au cellulaire ou autres Msn ou Facebook et ne disposant que peu de racines avec la culture universelle priorisée dans les écoles. Et l’on pourrait ajouter l’attrait des élèves pour le travail rémunéré, la consommation et la molesse d’une vie confortable où il est difficile de voir émerger de réels défis. Nous devons terminer en soulignant l’aberration de la structure éducative québécoise où règnent bureaucratisme et déconnection avec la réalité qui se vit dans les écoles et ses habitants.

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